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« Toutes les manières de voir le monde sont bonnes pourvu qu’on en revienne. »

Nicolas Bouvier, L’usage du monde

       (English below)

     Le reportage est un travail d’équilibriste: tantôt il faut s’abandonner à l’élasticité de la corde et laisser la réalité vertigineuse et imprévisible vous porter, tantôt il faut maintenir l’intention sur cette ligne narrative très étroite et prendre conscience que chaque relation bouscule autant qu’elle rassure.  Restent alors l’instinct et l’imaginaire qui concourent à la justesse d’une image, celle qui va raconter l’essentiel d’une scène en la réduisant aux traits significatifs: une émotion, une pensée, un instant décisif.  Tout en résonnance, le geste photographique est une dilution et simultanément une concentration de soi au service d’une histoire à raconter. Alchimie paradoxale, il traduit le monde avec l’aisance du langage visuel, sans pour autant prétendre à l’universalité de ses propos.  Car si nous traversons le miroir, c’est pour laisser la réalité se refléter dans tout ce que l’oeil, le corps et le coeur ont perçu singulièrement. La sensibilité et l’intuition, l’imaginaire et ses raccourcis, les routes et surtout les déroutes, l’engagement du corps tout entier comme perspective… Voilà bien les matériaux pour tenter d’approcher des sujets envahis par une lecture de surface, des réalités contemporaines intenses et douloureuses, ou encore des mondes oubliés dans un recoin de la mondialisation.

        Avec l’esprit des lieux comme révélateur, un reportage sera toujours de l’ordre d’un brouillon : il raconte ce qu’il est lui-même, quelque chose en cours…

          The reportage is a balancing act: sometimes it is necessary to abandon oneself to the elasticity of the rope and let the dizzying and unpredictable reality support you, sometimes it is necessary to maintain closely the intention of the narrow narrative line, and realise that every relationship is as reassuring as hustling. Instinct and imagination contribute to the appropriateness of an image, which tell the essence of a scene by reducing it to its significant traits: an emotion, an idea, a decisive moment. Being in resonance, the photographic gesture is selflessness and simultaneously a self-awareness serving a story. In such a paradoxical alchemy, it reflects the world with the ease of visual language, without claiming the universality of its words. Because when we go through the mirror, it is to let reality reflect in everything the eye, the body and the heart have seen, uncommonly. Sensitivity and intuition, imagination and its shortcuts, roads and especially routs, the commitment of the entire body as a perspective… here are the materials to try to approach topics invaded by a surface level of understanding, intense and painful contemporary realities, and worlds forgotten in a corner of globalisation.

         With the sense of place as a developer, a report will always be some kind of a draft: it also tells its own nature, something in progress…

Toutes les photographies et les textes de ce site : Régis Defurnaux ©

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